C’est lorsque nous sommes éloignés de notre pays, que nous sentons l’instinct qui nous y attache.

                          Chateaubriand. !

   


    l est, à 86 kilomètres de Bône, sur la route menant à Tunis, un petit port qui, par sa position et sa vie paisible, n’a pas manqué de susciter de l’intérêt. Le voyageur qui dévale les derniers tournants de la "Route de Bône" pousse un cri d’admiration : un panorama unique s’étale devant lui. La mer, la Mer avec un grand M et tout ce qu’elle comporte de beauté et de splendeur, fait corps avec le paysage. Au loin, deux clochers qui tendent les bras vers le ciel, dominent l’ensemble, un ensemble où les gratte-ciel et les buildings sont ignorés.

UNE VILLE PAS COMME LES AUTRES

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    Le vert des forêts s’allie au rouge flamboyant du soleil couchant pour donner, avec l’azur marin, un concert de couleurs à nul autre pareil. La Calle, puisqu’il faut l’appeler par son nom, n’a pas vu le jour comme la plupart des villages d’Algérie. Tunizia au temps des Romains, Marsa-El-Kharaz ( le port aux breloques ), puis Marsa-el-Djoun ( le Port de la Baie ), elle devint par déformation La Calle de Marcarèse, puis La Calle tout court. La cité possède le passé le plus pur de toute l’Algérie. Il a symbolisé, pendant des siècles, cette entente franco-algérienne que beaucoup ont désirée.
    N’est-ce pas, en effet en 1524, qu’un Corse, Tomas Lencio, acheta pour le compte de la Compagnie Marseillaise, le privilège de s’installer à La Calle, pour la pêche et la vente du corail ? La concession devint très vite un foyer très actif où Européens et Algériens apprirent à se connaître, à vivre ensemble, sous l’égide du "Bastion de France". Attirés par l’appât du gain, des milliers de pêcheurs méditerranéens, pour la plupart d’origine italienne, s’installèrent au Bastion. Ils menèrent une vie dure, loin de leurs familles, car la compagnie ne tolérait pas la présence de femmes, afin d’obtenir toujours un excellent rendement. Très pieux, ces pêcheurs eurent bientôt à leur disposition une église, l’Église Sainte Catherine, qui n’a donc connu ni mariages, ni baptêmes. Jusqu’à la fin du XVII ème siècle, "la Vieille Calle" mena aussi une vie riche et exaltante. Le paludisme faisait pourtant des ravages. Sous l’impulsion de Hely, directeur de la Compagnie, le site de l’actuelle ville de La Calle est alors choisi pour la résidence des corailleurs. C’est "La Presqu’île" qui devient le lieu d’habitation de l’ensemble des employés  de la société. La maison des gouverneurs s’installe avec autorité au voisinage d’un petit bâtiment de style provençal qui constituera l’Église des Corailleurs, celle ci fut classée monument historique par arrêté du 10 Septembre 1953.

LA CALLE, INOUBLIABLE.


    Tu symbolises à merveille le déroulement des peuples et des races qui se sont succédé sur nos rivages africains. Admirable région certes, car nulle contrée n’offre avec autant d’intensité toutes les séductions de la terre algérienne, la douceur exquise du climat bien supérieur à celui de la Côte d’Azur en hiver et à celui des plus belles plages de France en été, la beauté et la diversité des paysages et des sites environnants, l’exotisme et le pittoresque de l’Orient, sans oublier l’intérêt qui s’attache aux civilisations disparues et à tout un passé prodigieusement riche en souvenirs.